L'enfant subit la séparation du « couple amoureux-qui ne s'aime plus » et l'éclatement du cocon familial. Ce qui lui déclenche ou ravive des peurs.
La peur centrale ravivée ou exacerbée est l'anxiété de séparation. Cette peur se tarit dans un second temps, en fonction de la gestion de l'enfant et de ses parents.
L'enfant exprime sa peur au mieux par la parole ou par divers comportements, qui diffèrent en intensité et en modalité en fonction du tempérament et des difficultés antérieures de l'enfant, du contexte familial, des interactions avec les parents, des « dogmes familiaux ». comme celui qui régit dans certaines familles : « il faut dire que ça va » « on n'a pas le droit d'aller mal ». Ce qui ne permet pas de communiquer ses soucis...
Parfois l'enfant se retient de peur de blesser, attrister le ou les parents. Car l'enfant se sent alors responsable du parent.
Concernant la peur de la séparation :
L'enfant peut craindre que les parents se séparant, ils l'abandonnent du même coup. Ce qui entraîne l'évitement de la peur (refus de se séparer) et des tentatives de réassurance.
Fréquemment dans des moments de séparation:
Au coucher: l'enfant veut dormir avec le parent, retarde l'heure de l'endormissement en se levant pour faire pipi plusieurs fois... L'enfant refuse de dormir par peur de faire des cauchemars...
Dans les lieux publics où l'enfant ne quitte plus d'une semelle le parent, a besoin de le voir tout le temps pour le surveiller... Aline, une petite fille de six ans, refusait de rester dans la voiture de son père pendant que celui-ci remplissait son reservoir d'essence car il n'était plus à portée de vue.
L'enfant peut aussi avoir plus de mal à se rendre à l'école et demande à rester avec le parent à la maison...
Les comportements sont très variés! Ainsi, je me souviens d'un petit garçon de cinq ans venu consulté avec ses parents qui se plaignaient de vols fréquents de billets dans leurs portefeuilles respectifs, vols apparus après leur séparation. Léon avait en fait un but : mettre de côté de l'argent car un copain à la récré lui avait dit qu'il deviendrait bientôt SDF.
Comment le rassurer?
Il est important de l'informer qu'être amoureux-amoureuse, ce n'est pas pareil qu'être parent. En tant que parent, vous l'aimerez toujours et vous vous devez de veiller sur lui jusqu'à ce qu'il soit grand pour vivre sans vous.
Le planning est indispensable. Clairement établi, il permet de témoigner que la garde de l'enfant est une priorité. Fixé au mur dans un endroit passant de la maison (la cuisine par exemple), l'enfant peut le consulter. Même s' il ne sait pas lire, les couleurs attribuées à chaque parent le rassureront sur l'alternance et le lieu où il se trouvera à telle date.
Laisser des traces de son passage chez vous (dès le début de votre installation même si celle-ci est transitoire) permet à l'enfant de savoir qu'il a sa place chez vous : coller un dessin à lui sur le mur, ranger ses affaires dans une boîte à son nom , de sa couleur préférée.
Pour cela, il est important qu'il puisse amener des affaires dans votre/l'autre maison.
Concernant la responsabilité :
L'enfant se sent responsable. En effet, il peut se sentir coupable de cette séparation, notamment si de nombreuses disputes le concernaient. Il peut aussi tenter de refaire le couple.
Il est important de lui dire que les raisons de la séparation ne viennent en aucun cas de lui, que ce sont « des histoires de grands » qui ne concernent que les parents. Ainsi, si les parents se disputaient à son sujet, ils se disputaient aussi pour d'autres sujets. Les disputent en réalité étaient dûes au fait qu'ils étaient malheureux ensemble. Avant de décider de se séparer, les parents ont essayé pleins d'autres solutions mais aucune n'a été satisfaisante. Ils n'y peuvent rien et l'enfant non plus.
L'enfant peut aussi se sentir responsable « de ses parents » et craindre de les faire souffrir en exprimant sa propre tristesse ou sa colère. Marinette, une adolescente de quinze ans, venue consulter pour anorexie, me racontait que sept ans auparavant, à l'époque du divorce de ses parents, elle les trouvait si tristes qu'elle n'osait pas pleurer. Elle se forçait à sourire chez chacun d'eux. Pour « soulager » son père, elle s'occupait de sa soeur cadette comme une seconde maman. Ce qu'elle continuait de faire. En entretien familial, les parents étaient très étonnés d'apprendre la souffrance de leur aînée au décours du divorce. L'un des deux se montrait même incrédule et arguait que « Marinette voulait se faire plaindre ». Pour ma part, je soupçonne que les dogmes « il faut serrer les dents, on est bien » et aussi « j'ai toujours raison tu ne dois pas contester mes décisions » sévissait dans la famille de ce parent. Celui-ci ne pouvait pas supporter l'idée d'être responsable de la souffrance de sa fille... Et Marinette s'était tûe car elle le pressentait...
L'enfant n'est donc pas responsable de la séparation. "Ce n'est pas sa faute"



