Les
punitions, comme les règles que nous posons, sont censées être
déterminées par l'âge
de l'enfant, son degré d'autonomie et de responsabilité. Elles se
doivent d'être justes
et d'être clairement
définies. Or, ce n'est pas toujours le cas. En effet, il faut avoir
conscience qu'elles sont aussi influencées par notre
histoire
personnelle (notre vécu concernant l'autorité exercée par nos
parents), nos
valeurs
ainsi que nos
peurs
et le degré de tolérance/fatigue/découragement/ « coups
durs » que nous vivons.
Voyons
quelques cas analysés succintement de sanctions/réactions « non
efficientes » :
Un
parent s'amuse avec ses deux enfants, respectivement âgés de trois
et quatre ans , lesquels sautent sur le canapé pendant une demi
heure. Soudain, le parent s'énerve et leur crie « d'arrêter
! » mais les enfants rient et poursuivent leurs jeux. Le
parent, agacé et fatigué, se précipite sur eux et les tire avec
une certaine brusquerie puis les prive du bisou et de l'histoire du
soir.
Les
deux petites filles éclatent en sanglots.
Dans
ce cas, Les règles sont floues (qu'ont ils droit de faire? Dix
minutes de canapé? Pas de canapé?...). Elles
varient en fonction de la tolérance du parent (ou de « son bon
vouloir ») lequel s'est fatigué au bout d'une demi heure mais
qu'en est il un autre jour? Sa tolérance sera plus ou moins
endurante. Comment les enfants peuvent le savoir? Le parent ne prend
pas en considération l'excitation générée par le jeu, et le fait
qu'il faut une durée psychiologique pour que l'excitation retombe.
On ne peut pas juste s'arrêter de rire ou de s'enervé par « un
claquement de doigt ». La définition d'un comportement
« acceptabl » (« bon ») et d'un
« mauvais/inacceptable comportement » est ici ardue pour
l'enfant de trois quatre ans! En effet, le parent s'amuse du (bon?)
comportement de sauter sur le canapé. Et soudain
le bon comportement devient mauvais sans que les enfants n'aient le
temps de comprendre, sans avoir eu d'information en ce sens (au
contraire le parent s'amusait!). Ils se retrouvent tirés
physiquement et privés d'un moment important de la fin de journée
(le rituel du soir)... Aucun message n'est clairement donné. Le
parent perd patience brusquement car lui-même a dépassé son seuil
de tolérance. Sa demande est alors faite dans l'impulsion. Il ne
prend pas le temps de parler clairement à l'enfant. Ce qui ne permet
pas d'obéir ni d'apprendre le bon comportement à avoir. Ce
comportement erratique alimente le sentiment de l'enfant d'un
climat d'insécurité. Dans ce cas précis il faudrait établir ce
que les enfants ont droit de faire: s'ils ont droit de sauter dix
minutes et bien informons- les et mettons un timer
sur dix minutes. Si cela vous paraît coercitif alors vous confondez
limites et autoritarisme. Cela étant, sauter sur le canapé c'est
rigolo mais pour le parent assis et le susdit canapé peut-être
pas... Alors quelle est la limite à mettre en place, « la
règle »? Doit on vraiment laisser le canapé comme terrain de
jeux?
Dans
le même registre la fessée que je nommerai « sanction
réactive » est un acte impulsif qui traduit un « trop
plein » du parent. Sa tolérance est dépassée et il réagit
sous le coup de la colère en sanctionnant physiquement, plus ou
moins brutalement. Le parent montre à l'enfant qu'il résout un
problème par la colère, le passage à l'acte sous le coup de la
colère. Or l'enfant apprend en premier de ses parents. Si vous le
frappez (même légèrement), pourquoi ne peut il pas le faire en
cours de récré? Et pourquoi lui dites vous le contraire?
A-t-on
le droit de frapper un individu qui nous agace? A-t-on le droit car
c'est un ou/et notre enfant? C'est un acte humiliant et l'humiliation
n'est pas éducative. Nous demandons à notre enfant de nous
respecter et de respecter les autres, nous devons donc être un
exemple pour eux et nous devons les respecter tout en les éduquant.
Des
parents inquiétés par leur histoire personnelle ou encore
l'enseignant (à Paris cela arrive parfois dès la maternelle...) se
plaignent que leur enfant Robin ne soit pas motivé pour faire ses
devoirs de CE1. Il rechigne « car il pense trop à jouer ».
Pour
le motiver, Ils décident de lui supprimer le court dessin animé
qu'il aime regarder au retour de l'école. Un
des parents s'exclame que Robin n'est pas courageux.
Dans
ce cas présent, la sanction est injuste car elle n'est pas
raisonnable. Nous ne pouvons pas tenir rigueur à un enfant de
vouloir s'amuser! Bien sûr, il doit faire ses devoirs (ça se
discute après autant d'heures passées en classe...). Du moins « il
le faut », comment l'aider à se motiver? Par la sanction? Et
par le dénigrement de ce qu'il serait (couard) ? Ceux sont deux
outils fort prisés en milieu familial et scolaire mais qui ont leur
limites...Ainsi que des conséquences pernicieuses telles que la
démotivation et le manque de confiance en soi ! Mieux vaut
motiver par l'économie des jetons ou les bons points! Et puis aussi
réfléchir: n'a-t-il pas trop de devoirs? N'a-t-il pas des problèmes
à se concentrer, à écrire, à calculer...? Les enfants sont très
volontaires mais ils se démotivent...
Une
petite fille (moi) bavarde ou dessine sur son cahier de leçon. La
maîtresse la sanctionne en lui demandant de copier cent fois « En
classe, je ne dois pas bavarder ni dessiner ». A
d'autres moment, mais en guise d'apprentissage et non de sanction
(mais c'était vécu comme une sanction vue qu'on me donnait des
lignes à faire en punition!) : je devais écrire et réécrire
des mots que j'avais mal orthographiés un grand nombre de fois...
Damned...
Dans
ce cas précis, j'ai arrêté transitoirement les « mauvais »
comportements mais du coup, je n'écoutai plus le cours (les
gribouillages m'aidaient en fait)! Concernant les fautes
d'orthographes, elles ne m'ont malheureusement jamais abandonnées
!!!! Mon problème de concentration n'allait pas se régler par des
lignes et des lignes copiées ! Il vaut mieux se demander comment
aider en classe l'enfant ADHD? (suite
au prochain numéro).
Enfin, copier des lignes n'est pas efficace mais rébarbatif, c'est
le but recherché (et pas d'inciter). Mais on oublie que certains
enfants (dyslexie, dyspraxie, ADHD...) n'aiment pas écrire car ils
éprouvent de la difficulté. Les lignes contribuent alors à le
dégoûter. D'après moi (mais
certains dirons que je suis juge et partie !),
les lignes de copie méritent donc d'être oubliées pour toujours!
En classe comme à la maison.
Roseanna
reçoit
deux heures de « colle » pour avoir répondu sèchement à
son professeur. Pour montrer leur solidarité avec le collège, les
parents la punissent : elle n'ira pas au ciné comme prévu le week
end suivant.
La
double sanction est INJUSTE. Roseanna ne peut pas se sentir respectée
par ses parents. Elle a été punie par l'école pourquoi
devrait-elle l'être doublement? Ce qui peut la pousser à poursuivre
par provocation...ou à se replier sur elle-même ou à fuir la
maison (en passant du temps dehors..).
Si
un enfant ou un adolescent est puni à l'école, je vous suggère de
chercher à comprendre ce qu'il s'est passé plutôt qu'à le punir
une seconde fois. Du reste, vous apprendrez peut être des choses
fort instructives sur son fonctionnement ("je ne peux pas m'en
empêcher" « c'est plus fort que moi » etc ...) ou
sur celui de l'enseignant ou de l'établissement où il passe huit
heures par jour. Attention, je ne suis pas en train de dire qu'il y a
systématiquement un problème psychologique à une insolence!
Alors
quand punir et comment ?
Il
est indispensable de penser à punir avec parcimonie ! Il vaut mieux inciter,
valoriser et motiver le bon comportement. La
punition doit responsabiliser et donner à réparer.
En
général, il est plus juste d'informer de la punition qu'encourt
l'enfant ou l'adolescent avant de punir. Une punition doit être
raisonnable
et
pour cela être limitée dans le temps (un jour, une semaine,
deux...), réalisable
(pourrez-vous
« tenir » si vous privez de week-end festif alors que les
billets sont reservés ?) et « proportionnelle »
à la faute.
Voici
quelques situations fréquentes où il y a « conflit » et
sanction :
La
console de jeu :
Maxime,
onze ans, joue trente minutes tous les samedis et dimanches à la
console. Il refuse ou tarde à arrêter son jeu vidéo. Parfois il se
bat avec son frère.
Dans
ce cas, Il vaut mieux en amont cadrer la règle des trente minutes
par la mise en place d'un chronomètre ou timer.
Lorsque celui-ci sonne, le jeune sait qu'il doit arrêter de jouer
sans se disputer. Cette opération doit se faire rapidement. Si elle
dure ou/et il se dispute, il sait que le prochain jour de console, il
n'aura pas le droit d'y jouer car il doit apprendre à être
responsable du temps qui lui est imparti: pour cela il doit pouvoir
gérer son temps avec le timer
(et non les parents). La fois d'après, il réessaiera. Si cette
fois, il éteint et ne se dispute pas alors les séances reprendront
comme d'habitude.
La
sortie avec retour tardif :
Systématiquement
Marianne rentre avec une heure ou deux de retard.
Elle
appelle ou envoie un texto selon ...
Un
retard ça se comprend mais quand il est systématique (toujours avec
des bonnes raisons), on conclut à une grande capacité d'imagination
mais aussi à un besoin d'apprendre à gérer son temps. La règle
appliquée à la console peut être utilisée dans ce cas avec
l'idée, encore une fois, de la responsabiliser.
La
dégradation:
Garance,
quatorze ans, claque la porte de sa chambre à chaque fois qu' il est
frustré, déçu ou encore contrarié. « Il est vénere ».
Le problème est
que la dernière fois
il a cassé la porte...
Une
dégradation dans un lieu public est grave. On ne peut pas excuser et
banaliser en mettant sur le compte d'un problème transitoire. D'une
part, Il est indiqué de consulter un spécialiste afin de comprendre
l'impulsivité et l'intolérance à la frustration excessives que
Guarance présente (problème strictement éducatif ou associé à
ADHD, autres?...). Cet avis permettra de trouver les meilleurs outils
pour l'aider à développer une gestion adéquate de la frustration.
D'autre part, Guarance doit réparer même s'il n'a pas fait exprès.
Dans ce cas, les travaux que je nomme « d'intérêts
familiaux » sont pertinents. Ils vont permettre de dédommager
financièrement la réparation de la porte dont il faut estimer le
coût financier (et cela même s'il la bricole: la partie dégradée
aura un coût moindre). Puis il faut évaluer « le coût »
d'un travail d'intérêt familial et donc du nombre que Garance va
effectuer pour se dédouaner.
Le
vol:
Alaïs
est fou d'un jeu en ligne. Il y joue beaucoup et gagne pas mal de
vies et d'objets en tout genre. Ce qui le rend fier. Malheureusement,
ses parents refusent qu'il s'achète des objets (virtuels) avec son
argent (véritable « en vrai »). Mais voilà, il a
craqué, et à deux reprises, il a utilisé la carte bancaire de son
père...
Comme
pour Garance, Alaïs doit dédommager par des travaux d'intérêts
familiaux. Il est important que cela se fasse par une ou plusieures
tâches et non par « un virement bancaire» comme je l'ai
déjà vu ou juste une privation d'argent de poche... Les tâches
permettent au jeune d'appréhender un peu plus les conséquences de
son geste.
Quand
on décide d'une punition il est nécessaire d'expliquer notre
motivation pour responsabiliser
et donner à réparer.

