lundi 6 juin 2011

L'IMITATION: MOTEUR D'APPRENTISSAGE ET D'INTEGRATION SOCIALE

L'imitation permet de rentrer en contact avec l'autre et d'être intégré au groupe. Il n'y a qu'à voir les sorties d'écoles, collèges et lycées pour voir que les enfants portent le même sac, cartable, le même sweet-shirt. Les enseignes coûteuses sont bien placées sur ce marché!
Dans le monde animal, l'orque, selon le groupe où il naît, sera carnivore ou piscivore!

L'imitation permet de rentrer en contact avec l'autre. Imiter l'autre donne un langage commun. Alors que le contact à l'autre est un problème pour l'enfant autiste, Jacqueline Nadèle, psychologue française, a utilisé l'imitation pour rentrer en contact avec des enfants souffrant de ce trouble.

L'imitation permet donc de rentrer en contact, de nous intégrer au groupe. Elle nous apprend aussi à "être" avec l'autre mais aussi à faire. Une partie de la formation en dessin ou en peinture est d'apprendre à imiter des oeuvres des maîtres.

Dans son développement, l'enfant apprend en imitant. Et qui imite-t-il? Celui qui sait: ses parents, sa maîtresse, et aussi son héros préféré.... Alors si nous nous plaignons de son agressivité, observons-nous d'abord : savons-nous gérer notre agacement? Laissons-le nous devant des films ou des émissions où la violence est banalisée ?
Si nous nous plaignons qu'il ne lise pas des livres : lisons nous? etc...
Une astuce : Quand nous jouons avec un enfant , il est intéressant de suivre ses gestes et de l'imiter. Nous rentrons ainsi plus facilement en contact. Un exemple: Quand je joue à la dinette avec une petite fille de deux ans, je "bois" en même temps qu'elle, je fais les petits bruits qui accompagnent les gestes comme elle.... Si j'introduis un bruit, elle se l'approprie et fait de même. Si elle a du mal à parler ou si elle ne parle pas, elle peut apprendre de notre jeu. Pour cela, je vais commenter ce qu'elle fait et nommer les objets qu'elle utilise. Elle va entendre et mieux associer les mots/ les phrases à ses gestes.


(Illustration Sarah KAY)

PLAISIR D'APPRENDRE INNE ?


Il est communément établi qu'un enfant "doit prendre conscience par lui-même de l'intérêt qu'il a d'apprendre", voire du plaisir qu'il peut y prendre. En science pédagogique, certains "penseurs" ne démordent pas de cette idée fondatrice de ce système d'apprentissage. D'après eux, les enfants puis les adolescents doivent prendre conscience de l'intérêt qu'ils ont à apprendre "car c'est de cette façon qu'ils apprennent mieux".

Or en fonction des personnalités, mais aussi du " bain familial " (La vie est un long fleuve tranquille est un exemple caricatural certes mais révélateur), certains enfants sont conscients très tôt de l'intérêt et du plaisir qu'ils peuvent éprouver à étudier, mais d'autres pas du tout ! Ils préfèrent jouer. Activité bien didactique du reste...

Alors que faisons-nous en tant qu'éducateur? Attendons-nous qu'il ait une étincelle, une "mâturité" qui lui tombe sur la tête? Attendons-nous qu'il en prenne conscience seul?
Lui rabâchons-nous "la chance qu'il a d'aller à l'école" "l'intérêt d'apprendre pour avoir un bon métier"? Faisons-nous planer le danger du chômage?
Le congratulons-nous quand il a une bonne note ? Ou lui montrons nous que cela nous fait plaisir?
Le punissons-nous s'il ne travaille pas ou s'il n'obtient pas des résultats qui nous satisfont?

Il y a fort à parier que cela ne marchera qu'un temps.

Apprendre, demande de l'effort. Si l'enfant ne tire pas du plaisir au bout de cet effort, il n'a aucun intérêt à répéter. Souvent les enfant le répètent pourtant, non pour leur propre plaisir mais pour celui de leurs parents "pour qu'ils soient contents". Souvent ils font l'effort désagréable pour ne pas recevoir une punition désagréable. A terme, les enfants se rendent compte que la punition est moins embêtante que l'effort de travailler (il s'amuse en attendant la punition), ou que de contenter ses parents n'a qu'un temps. Enfin, d'autres en manque de leurs parents, découvrent que ceux -ci sont plus attentifs à eux quand il a un mauvais comportement: ils tirent alors paradoxalement un bénéfice à se faire punir.

Décidemment, les enfants pour une partie, ne veulent pas comprendre que travailler à l'école "c'est pour leur bien" ! Alors pourquoi ne pas les aider en "matérialisant" ce concept de "prendre du plaisir à apprendre"? Pourquoi ne pas passer par des étapes "matérielles" avant d'atteindre conceptuellement cette pensée?

Imaginez que cette idée "apprendre=effort=plaisir" est cachée dans une boite. Pour que l'enfant puisse l'ouvrir, il doit connaître une formule magique "c'est pour moi". Mais cet enfant préfère jouer et ne connait donc pas cette phrase. Que fait-on? Lui laisse -t-on la boite et advienne que pourra ? Ou lui donnons-nous à rechercher des indices qui vont l'aider à trouver la formule? Cela me rappelle le dessin animé d'Azur et Azmar , et de façon plus générale les histoires de quêtes. Ainsi, Azur pourra délivrer la fée des djinn, grâce à l'aide d'indices...

Alors comment aider l'enfant qui tient cette boite noire en louchant sans trouver la solution ? Et bien, il y a l'apprentissage ludique et aussi le renforcement positif qui apprend à faire des efforts.
Mais attention ce n'est pas "le bâton ou la carotte" ! Quand l'enfant fournit un effort, il reçoit un renforcement positif (exemple: une carte). Quand il ne fournit pas d'effort, il ne reçoit rien. Ce qui permet de dédramatiser les conséquences du non comportement et de diminuer les interactions négatives qui surviennent quand "il n'a pas fait". Les cris et les punitions n'aident pas à l'arrêt du mauvais comportement car pouvant eux-même représenter un petit plus (pour certains enfants le bâton c'est mieux que rien).

Le renforcement positif permet de matérialiser le plaisir final après un effort et même de valoriser celui qui a fourni cet effort.
Une carte ou un bon point aide l'enfant à concevoir matériellement cette vue d'esprit qui est "effort=plaisir". Certains thérapeutes proposent aussi la gommette ou de dessiner un soleil.
La carte, pour ma part, me semble encore plus "matérielle" et consiste déjà à un petit plus (quand L'enfant de 3 à 9/10 ans gagne par exemple une carte représentant son héros préféré.... Youpi!)


Il peut même ensuite les utiliser comme un moyen de paiement. Grâce à une, deux ou trois cartes rendues à un parent, il peut faire un jeu de société, visionner un épisode de son dessin animé, se coucher quinze min plus tard, lire une histoire en plus le soir etc...
"Nos efforts sont payants": Ne le disons-nous pas? Et bien, dans le cas de l'enfant bénéficiant de ce système, ce sont ses efforts et non le bon plaisir de ses parents qui lui offrent "des petits plus" dans sa vie d'enfant .
Il apprend ainsi qu'il a plus d'intérêt à avoir un bon comportement et qu'il est capable de fournir des efforts pour celui-ci.

Souvent, les enfants et les adolescents (je parle alors de crédits avec eux) accrochent vite à cette méthode. Et même s'ils peuvent devenir avides de récompenses, cela ne les rend pas "cupides"! Ils ont envie de bien faire et sont fièrs d'y arriver. N'est ce pas mieux un enfant qui ne frappe pas sa soeur sans arrêt car respecter sa soeur est un bon comportement ? Qui aide à mettre la table, à ranger ses affaires ? Etc...
Du reste, l'enfant qui gagne des bons points, intègre dans un second temps le bénéfice de faire cet effort. Le bon comportement devient une habitude. L'enfant n'a plus besoin d'être motivé. Il a intégré le bon comportement. L'effort devient naturel.

Certains parents ne se retrouveront pas dans ce mode éducatif. Surtout quand leur enfant ne pose pas de problème... Mais pour ceux qui ont des enfants ou des ados qui supportent difficilement la frustration, les efforts, les contraintes: le renforcement positif est la formule magique provisoire, à condition
- elle soit bien comprise : ce n'est pas une carotte.
- elle ne soit pas d'un flou spectral : un petit garçon a gagné cinq bon-points, il est fier car il a gagné la possibilité de faire cinq parties de cache-cache avec ses parents. Mais voilà, il faut trouver le temps et cela fait déjà quatre jours...Pourquoi en gagner plus????.
- elle ne demande pas une patience de moine zen : La gratification doit être rapide : un bon point par bon comportement par ex. L'enfant peut en gagner cinq ou plus dans la journée. Mais seuls deux suffisent pour avoir un "petit plus". Et non pas les "50 POINTS BLEUS qui permettent l'obtention d'un stylo- plume" comme parfois les maîtresses bien intentionnées proposent à leurs élèves de primaire... seuls les "bons élèves" les obtiennent en fin ou milieu d'année. Démotivant n'est ce pas? A quoi bon fournir des efforts !

(Illustration: Azur et Asmar. scénario-réal M Ocelot)