Le
TDAH n'est pas une pathologie mais un trouble qui, en fonction de son
intensité et des troubles associés ou non, entraîne des
difficultés tant d'apprentissages que dans les sphères familiales,
scolaires, amicales et par la même, perturbe le développement de
l'enfant, son épanouissement personnel "harmonieux".
Bien
que les mesures éducatives et les prises en charge spécifiques
soient primordiales, il reste que dans un certain nombre de cas, le
traitement médicamenteux est une formidable aide.
Il
est important de répéter que le traitement médicamenteux ne peut
se substituer aux prises en charge et mesures évoquées dans
l'article antérieur. Un enfant en-dessous de six ans ne peut avoir
le diagnostic de TDAH et ne peut recevoir de traitement
médicamenteux. Fréquemment, que ce soit de la part des parents mais
aussi des soignants, on attend beaucoup trop du médicament. Au point
où , dans certains cas, les doses sont augmentées trop rapidement,
et le soignant ou/et les parents concluent à l'inefficacité ou à
une mauvaise tolérance thérapeutique... Le médicament n'est pas
une « pilule miracle ». Aux adolescents et aux enfants
qui commencent le traitement, je leur stipule bien que s'ils ne font
aucun efforts, rien ne changera.
Il
reste que le bénéfice du traitement médicamenteux chez les enfants
souffrant de TDAH est un fait établi. La
ritaline est un des rares traitements a être plus efficace que le
placebo par rapport à d'autre traitements médicamenteux chez
l'enfant. Le
traitement n'est pas systématique et doit faire l'objet d'une
réflexion entre le médecin psychiatre et les différents
intervenants, les parents et l'enfant. L'objectif alors est que le
bénéfice soit supérieur au risque, comme lors de toute
prescription médicamenteuse. Car tout médicament comporte des
effets secondaires au même titre qu'un simple comprimé de
paracétamol !
Le
traitement médicamenteux est à discuter longuement et il faut se
poser plusieurs questions :
- Le TDAH a-t-il des conséquences sur le sujet: y a-t-il des souffrances sociales, scolaires, familiales? Comment l'enfant se perçoit-il?
En effet, le trouble attentionnel
avec ou sans hyperactivité est pourvoyeur de troubles anxieux, d'un
manque de confiance en soi, de dépression, de refus scolaire (ou
improprement nommée « phobie scolaire »),
d'exacerbations de troubles anxieux /phobies/ TOCs/ de
perfectionnisme, de trouble oppositionnel avec provocation, de
troubles des conduites et conduites délictueuses, de mises en danger
à l'adolescence avec des conduites à risques ( prise de toxiques,
sexualité débridée, « deal », « parcours »
etc...). Lors d'un trouble anxieux, le traitement peut avoir un effet
bénéfique car le TDAH alimente aussi une certaine insécurité. Le
jeune ne se sent pas « fiable »: Il peut travailler trois
fois plus que les autres et rater; alors qu'une autre fois il
réussira... Aussi, lors d'un trouble anxieux, il est alors
intéressant de commencer le traitement à petites doses pour éviter
une exacerbation de l'anxiété.
- Des mesures ont-elles été mises en place? time out, renforcement positif, plannings, aide aux devoirs, casque anti-bruit.... Car si aucune mesure n'a été mise en place, le TDAH n'est pas au premier plan, le traitement médicamenteux n'est pas justifié...
- Y-a-t-il d'autres troubles des apprentissages associés (dyslexie, dyspraxie...), ou un Trouble du Spectre autistique (TSA)... ? Une déficience des apprentissages? Un retard mental ? Lors de rééducations, lors d'un TSA ou autre, le bénéfice d'une mise sous traitement est fréquemment évident mais dans certaines circonstances non... La dose médicamenteuse lors de TSA est souvent divisée par deux.
Il
est très important de savoir que le traitement médicamenteux n'est
pas sédatif comme de nombreuses personnes, et notamment certains
intervenants du monde de l'enfance, le croient encore. Le fait est
que, par le passé, ce type d'enfants (surtout ceux qui ont des
comportements bruyants) étaient attachés à leur chaise ou
recevaient un neuroleptique sédatif (type Tercian). Ce qui, dans le
cas du Tercian, aggravait la cognition et le trouble attentionnel !
Le
traitement n'engendre pas de dépendance comme ses détracteurs, dont
des psychiatres, le clament haut et fort (sont aussi de la partie).
Il n'encourage pas non plus le jeune à prendre de la drogue. il ne
rend pas les enfants dépendants puisqu'il peut être arrêté du
jour au lendemain. Les conduites à risques sont plus fréquentes
chez les adolescents TDAH. Il est possible que le traitement leur
apprenne à mieux se contrôler et s'éloigner des conduites à
risque. Un adolescent m'a un jour expliqué que sans le traitement il
faisait de suite « la bêtise » alors qu'avec le
traitement, il y pensait et arrivait ainsi à ne pas la faire... Lors
de TDAH, le système du plaisir est exacerbé entraînant une
recherche et la répétition de l'obtention rapide d' un plaisir .
D'où la fréquence probable de conduites addictives, les achats
intempestifs, les enfants « monsieur et madame plus » qui
veulent toujours plus.... Dans ma pratique psychothérapeutique, je
constate que, pour les enfants qui sont perpétuellement dans
l'instantanéité, le traitement permet à certains, d'amorcer une
réflexion sur soi, une remise en question (dont certains sujets
adultes en sont dépourvus) inestimable pour leur évolution et peu
accessible sans le traitement et malgré la psychothérapie !...
Il
est vrai que le traitement préconisé actuellement est un
psychostimulant mais son effet est d'aider l'enfant à focaliser son
attention, à donner un coup de pouce au chef d'orchestre qui, dans
son cas, laisse le cerveau être submergé par divers stimuli, en
commençant par les plus infimes ou les plus superflus....
Ce
traitement a des effets secondaires possibles mais qui ne surviennent
pas systématiquement, comme du reste tout médicament (aspirine,
paracétamol!), ce qui semble être oublié ! C'est bien pour cela
qu'il est important de mesurer le bénéfice et le risque du
traitement avant de décider de l'instaurer. Mais c'est bien aussi
pour cette raison qu'il est juste de ne pas le diaboliser.
Lors
de la mise en route du traitement, les effets secondaires le plus
fréquemment remarqués sont : les céphalés, une anxiété ou
nervosité passagère, un manque d'appétit. La perte de un kg au
cours du premier mois de traitement est classique. Après il est
important de surveiller et d'évaluer ce qui est acceptable ou non en
se basant sur l'IMC (l'indice de masse corporelle) et le rythme de
cette perte de poids. Certains enfants ayant une alimentation
impulsive diminuent, sous traitement, leur consommation quasi
boulimique et voient aussi leur poids baisser. Mais ce n'est pas à
tous les coups ! Il reste que l'on peut aussi adapter la prise du
traitement en ne le donnant pas les jours sans école, mettre en
place des gros petits déjeuners et un bon goûter, en plus du
dîner...
Avant
la mise sous traitement, il est important de s'assurer de l'absence
de contre-indication. Le trouble cardiaque en est la contre
indication absolue. Il est donc préférable que le jeune bénéficie
d'une consultation spécialisée en cardiologie (examen clinique, ECG
et échocardiaque effectués).
Lors
d'une suspicion d'épilepsie, un électro-encéphalogramme (EEG) sera
demandé. En cas de comitialité, le TDAH ne sera traité que dans un
second temps, s'il persiste après la mise sous traitement
anti-comitial et s'il y a lieu.
En
cas de « petite taille », l'indication du traitement sera
aussi discutée avec le pédiatre ou au besoin l'endocrinologue car
le risque de cassure de la courbe de croissance est rapporté. La
taille doit donc être surveillée tout au long du traitement. En
sachant que si la cassure est réelle, l'arrêt du traitement permet
une reprise de la croissance.
De
même, lors d'un IMC limite, une décision collégiale
(nutritionniste, psychiatre, famille, jeune) avec une surveillance
renforcée est indiquée.
Il
reste que donner un traitement à son enfant ou son adolescent n'est
pas chose facile pour n'importe quel parent. Mais quand cette
prescription paraît indispensable, le faire est une conduite
courageuse de leur part. D'autant plus qu'ils sont rarement compris
par leur entourage proche ou moins proche et peuvent déclencher des
réactions passionnées!
Des
parents m'ont répercuté des propos d'un psychothérapeute qui se
serait écrié « Moi vivante jamais !». Un instituteur
avait eu aussi une réaction de la sorte : « il faudra me
passer sur le corps »! Il m'est arrivé de devoir justifier ma
prescription à un juge pour enfant comme à l'éducateur, d'un
adolescent, lesquels contestaient ouvertement le bien fondé de cette
prescription et désapprouvaient ainsi la décision des parents...
Parents comme médecins
prescripteurs sont encore souvent montrés comme des pourvoyeurs de
médicament-drogue, soldats du DSMIV et des industries
pharmaceutiques. C'est probablement lié en partie à la dérive de
prescription de ritaline aux Etats Unis. Mais en France, cette
prescription est très codifiée afin de limiter les abus.
Annuellement, un médecin hospitalier doit ratifier la poursuite du
traitement en faisant une ordonnance hospitalière. Si le médecin
pédopsychiatre (ou pédiatre ou neurologue) ne travaille plus à
l'hôpital (comme c'est mon cas), il perd ce droit et apparemment son
expertise. Quand on sort de l'hôpital, il semble que nos
connaissances sont réduites ... Trêve de polémique!
Concernant
la durée du traitement: dans les études publiées, une moyenne de
trois ans est rapportée.
En
France, en 2013, les traitements sont ainsi : la Ritaline
(méthylphénidate), Ritaline LP (méthylphénidate à libération
prolongée), le Concerta (chlorhydrate
de méthylphénidate),
le Quazym (méthylphénidate). L'intérêt de ces différentes
galéniques est la dose libérée de principe actif au cours de la
journée ou sur un temps donné. Par ordre de commercialisation:
RITALINE
(laboratoire Novartis) : 100% de la dose est libérée sur quatre
heures.
RITALINE
LP (laboratoire Novartis) : associe
une formulation à libération immédiate
(40% de la dose)
et et une formulation à libération prolongée (60% de la dose) dans
les 8h.
CONCERTA
(laboratoire Janssen) : associe
une formulation à libération immédiate 20%
(de la dose) ,
et
une formulation à libération prolongée (80%
de la dose) dans les 8h.
QUASYM
LP (SHIRE) associe une formulation à libération immédiate (30 % de
la dose) et une formulation à libération prolongée (70 % de la
dose).
Il
est conseillé de commencer à petite dose et d'augmenter
progressivement jusqu'à une dose qui soit efficace et sans dépasser
une dose de 1mg/kg. Il faut aussi savoir que le patient peut répondre
à une dose moins importante que 1mg/kg. Les sujets ayant un TSA
répondent à une demi-dose et peuvent mal tolérer une dose de
1mg/kg. Lors de surdosage, le sujet est apathique...
Le
choix de la molécule est fonction de l'âge de l'enfant, de
l'activité demandant beaucoup de concentration dans la journée...
Certains
patients supportent , du reste, mieux une formule qu'une autre...

