samedi 28 avril 2012

PUNITION: CENTRALE DANS L'EDUCATION ? DOIT ON PUNIR ?



La punition est une pratique courante qui marche plus ou moins voire à la longue « pas du tout ».
Il est habituel de punir l'enfant :
- en lui retirant quelque chose qu'il aime (un jouet) ou une activité qu'il apprécie (jeux vidéo, téléphone portable, MP3) ou encore une sortie ou une rencontre amicale.
- par des cris et des interactions verbales négatives et discréditantes ou comportementales comme la fessée impulsive. Ce type de comportement est dû à « un trop plein » du parent « à bout ».
- en le contraignant à aller au coin, au piquet, dans sa chambre...
- en le contraignant à faire des lignes « je ne ferai plus..; » etc...

Moins fréquemment, certains parents gardent la méthode « qui a fait ses preuves »: la ceinture, la fessée ou gifle « non impulsives ».

Dans de rares cas, d'autres emploieront des châtiments qui relèvent de conduites perverses purement psychologiques (et/ou corporelles) et dont je ne parlerai pas ici mais qui met en danger l'intégrité non seulement physique mais aussi (et plus souvent et de façon exclusive) psychoaffective de l'enfant. Ce qui pose un vrai problème pour les intervenants éducateurs, médecins, psychiatres (...) pour protéger l'enfant si ces intervenants suspectent ces maltraitances. Car la perversion envers l'enfant n'est pas envisageable moralement et de ce fait est rarement identifiée par la justice qui préserve coûte que coûte le parent (même pervers et surtout pervers psychologique) au détriment de l'enfant. Un enfant entre quatre murs avec un (ou deux) parent pervers, que peut il faire? Mais c'est une autre histoire...

A quoi sert la punition ?

Dans notre société, en tant qu'adulte nous devons connaître la loi et c'est parce que nous la connaissons que nous sommes punis si nous avons commis une infraction après avoir été pris sur le fait ou après être jugé.
En tant qu'adulte, on peut donc se tromper sans être sanctionné. On va réparer en s'excusant, en faisant un acte de conciliation, en changeant de comportement mais nous ne seront pas sanctionnés.
Si nous avons commis une infraction à la loi, le jugement se devra d'être le plus juste. La sanction dépendra de la gravité de l'acte commis et aura valeur d'amendement auprès de la société ou pas (une amende sera demandée en plus par ex.).

Ainsi, nous avons une amende, des points en moins sur notre permis de voiture, des travaux d'intérêt public à réaliser, un emprisonnement pour protéger la société et sanctionner etc...

La punition est donc un acte qui sanctionne un comportement jugé grave et demande aussi réparation (s'amender). En tant que parent, il est donc indispensable de se demander si nous sanctionnons pour un comportement grave, « inacceptable » pour lequel l'enfant ou l'adolescent sait qu'il est répréhensible et connait la sanction? Et si oui sommes-nous justes ?

La punition ne peut donc être au centre de l'éducation de l'enfant, lequel apprend à vivre selon des règles qui  changent  en fonction de son âge... L'enfant apprend et donc mérite d'être incité, motivé et récompensé pour son apprentissage et l'effort fourni (utilisation des bons points ou "économie des jetons"). Il doit aussi être guidé (les routines sont une bonnes alternatives). Quand doit-on punir? Quand une règle grave est enfreinte mais toujours punir avec parcimonie et avec justesse. Quand et comment? j'en parle au "numéro" suivant...

lundi 26 mars 2012

MESURES COMPORTEMENTALES EDUCATIVES : LES ROUTINES pour les enfants "rêveurs"






Au cours d'une journée (au lever, au coucher...), nombreux sont les parents (d'enfants ADHD) qui se plaignent de répéter des dizaines de fois une consigne et de se dire, de guerre lasse, que l'enfant "le fait exprès!".  A l'école, certains enseignants sont confrontés aux mêmes problèmes : "A chaque nouvelle activité, je dois lui redire, de prendre le cahier, de l'ouvrir etc... Il se moque de moi ! ".

Cette situation déroutante entraîne des interactions négatives par les reproches inévitables que l'adulte fait à l'enfant. Or, même s'il ne le montre pas ou ne l'exprime pas (il peut même rester souriant), celui-ci les entend et se rend compte qu'il a un problème. Ce qui nourrît une mauvaise image de lui. Alors que doit-on faire? Poursuivre les reproches? Punir même si cela ne sert à rien à la longue? Accepter la différence et arriver systématiquement avec trente minutes de retard à l'école? En classe : laisser l'enfant vaquer à ses rêves en continu?

Pour combattre ces difficultés, il est indispensable de créer des routines. Les routines ne sont pas des conditionnements « bêtes et méchants » « aliénants » comme certains le croient. Les routines vont devenir des habitudes sur lesquelles l'enfant va pouvoir bâtir et progresser, autant dans son quotidien que dans sa pensée : exit les crises, la procrastination et d'autres maux qui se greffent au trouble attentionnel avec ou sans hyperactivité, lequel n'est pas une maladie mais est pourvoyeur de bien des soucis!

Comment créer ces routines? 
Il faut réfléchir aux moments de la journée qui posent un problème organisationnel.  Puis il va falloir avec l'enfant (ou sans, selon son âge) déterminer chronologiquement toutes les étapes qui vont constituer cette routine. Chaque étape est représentée par un pictogramme auquel on associe un horaire. Pour ma part, je dessine chaque étape avec l'enfant (ou je les lui fais dessiner). Vous pouvez bien sûr trouver des pictogrammes ou faire des photos.
Puis il faut chercher l' endroit « stratégique » de la maison où sera exposée la routine : chambre, salle de bain, cuisine... Certains parents s'inquiètent de voir leur maison devenir le lieu de telles expositions! Quand la routine est acquise et devient une habitude, il n'y a qu'à enlever ces oeuvres éphémères ! Et si ce n'est pas possible, ne vaut-il mieux pas quelques feuilles/picto/photos qui colorent les murs plutôt que des sempiternelles répétitions négatives?

L'enfant ADHD a (plus ou moins) un  souci de planification et d'organisation temporo-spatiale (les jours et les mois peuvent être acquis plus tardivement d'où: picto!).  Ils ont aussi parfois du mal avec les transitions : changement de lieux (certains parents disent: « on va sortir, on va rentrer et hop,  Une colère! »)
Les routines permettent ainsi de commencer à conceptualiser ce que c'est de planifier. La routine permet à l'enfant de mieux maîtriser son temps et l'aide aussi dans sa confiance en lui. Parfois certains enfants sont récalcitrants et résistent pour des raisons diverses mais souvent car ils sont tristes, pensent ne pas pouvoir, ne comprennent pas les conséquences... Il faut alors associer à la routine le système d'économie des jetons/bons-points.

À la maison, les moments de la journée qui posent souvent des problèmes sont:
  • Le matin entre le lever et le départ à l'école.
  • Le retour de l'école entre les devoirs et le dîner.
  • Le coucher entre le dîner et le coucher.
Bien sûr, en plus des routines, il faut s'assurer que les difficultés ne relèvent pas d'autres soucis (ou n'interagissent pas), comme :
  • Un trouble du sommeil: un enfant ADHD sur deux a des problèmes à s'endormir, et peut dormir très tard sans que le parent le sache. Le sommeil est agité, des réveils nocturnes sont fréquents. Le somnambulisme, le syndrome des jambes sans repos, l'apnée du sommeil sont plus souvent associés.
  • Un parent qui travaille beaucoup et que l'enfant peut voir le soir tard : ce dernier retardera l'heure du coucher...
  • L'existence d'idées automatiques négatives qui surgissent au moment des devoirs ou des contraintes : « j'y arriverai pas » « ça prend toute ma journée » « je ne fais que ça » « ça m'empêche de jouer ». Un exemple: Carmela joue avec ses copines au jardin toutes les après-midi après l'école alors que sa soeur Viviane fait ses devoirs avec ses amies au parc. Quand Carmela rentre et doit se mettre au travail elle peste de voir Viviane jouer avec ses poupées.... « Elle s'amuse elle ! »

Les « oublis » gagnent à être intégrés dans des courtes routines :
La carte du patronage, les affaires de classe, de sport, les clés... seront toujours rangées au même endroit dès que l'on rentre /dès que l'on a fini ...

Et à l'école ? Si l'enseignant rencontre les mêmes problèmes : il faut faire... Des routines ! Elles pourront être écrites sur le mur ou dans un coin du tableau et bénéficieront ainsi à d'autres élèves. Pour des soucis concernant plus précisément l'enfant, l'enchaînement chronologique sera noté/dessiné sur des étiquettes plastifiées collées (ou non) sur sa table. Des pictogrammes peuvent aussi être utilisés comme: Ecouter, Se taire, Commencer à lire.

Et si votre enfant n'est pas ADHD ? Pourquoi pas une/des routines s'il en a besoin?!
Enfin, tout comme le système des bons points, il faut s'inscrire dans la durée et persévérer.


(Illustration: Victoire 2011)

mardi 13 mars 2012

Consensus et psychiatrie ou la confusion entre psychiatrie et psychanalyse



L'HAS (Haute Autorité de Santé) et l'Anesm (Agence nationale de l'évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux) qualifient de "non consensuelles" les interventions fondées sur les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle pour les enfants et adolescents souffrant de troubles envahissants du développement (TED) dans leur rapport du 8 mars.

Dans le quotidien Le Monde, daté du 8 mars, il est écrit que :
« le professeur Jean-Luc Harousseau, président du collège de la HAS, estime qu'il est temps que les psychiatres se remettent en question, et "acceptent une évaluation de leurs actions en fonction de critères d'efficacité sur le comportement des enfants, définis par eux et avec la coopération et l'accord des parents".

En tant que psychiatre, et membre du Collectif Pour les Bonnes Pratiques en Psychiatrie et les Professions associées, je tiens à assurer que mon objectif, comme ceux de nombreux autres psychiatres (et intervenants paramédicaux), vise à soulager et donner une aide adaptée aux besoins de l'individu souffrant d'un trouble mental, et en l'occurrence d'un trouble envahissant du développement.
La psychiatrie est en effet une spécialité médicale. Les psychiatres ne peuvent pas jouer aux apprentis sorciers. Nous devons, comme nos confrères d'autres spécialités, recourir aux consensus internationaux basés sur les résultats de travaux de recherche. La psychiatrie est donc soumise à des évaluations. Et quand nous sommes dans une impasse thérapeutique, la remise en question doit être notre priorité.
A son époque, Freud qui était neurologue, a apporté un regard révolutionnaire et nouveau sur la psyché. Depuis, une foule d'axes de recherche se sont développés comme les neuro-sciences qui apportent des connaissances pointues sur notre cerveau. Malgré les découvertes, nous savons peu de choses mais nous devons « faire avec ». Nous devons donc suivre le consensus tout en gardant un regard critique. L'évaluation des soins apportés aux enfants est donc une réalité et une nécessité pour le bien de l'enfant.

Actuellement, le consensus est contesté par une partie des intervenants de formation psychiatrique. Cela pose une vraie question d'éthique. Pour ma part, je pense qu'ils oublient leur rôle de médecins pour soutenir une pratique psychothérapeutique, la psychanalyse, qui demande à prouver sa pertinence comme intervention thérapeutique chez l'enfant autiste. La psychothérapie ( qu'elle soit analytique, comportementale et cognitive, transactionnelle, systémique...) est une intervention thérapeutique auprès des patients. Or comme toute intervention thérapeutique, dans le cas de pathologie psychiatrique, elle doit être évaluée par des protocoles de recherche. Les patients doivent être inclus selon des critères d'étude et avec leur accord et celui des familles: comme dans tout protocole.
Pratiquer une thérapie hors consensus chez une individu souffrant d'un TED sans que l'intervenant ne fasse partie d'aucun protocole de recherche est discutable.

Les médecins psychiatres se remettent en question mais le problème vient de la confusion qui est faite par le grand public et certains médecins psychiatre eux-même, lesquels se sont formés à la psychanalyse et ont une approche globale analytique, à savoir: l'évaluation diagnostique et la prise en charge.
Or la psychiatrie n'est pas la psychanalyse :
Dans le premier cas, c'est une spécialité médicale qui se doit d'aider le patient en faisant un diagnostic et en apportant les traitement adéquats. Les théories sont du domaine de la recherche.
Dans l'autre cas, c'est une sciences humaines qui explique des pathologies et des processus développementaux à l'aide de théories analytiques.
Il reste que tous les psychiatres ayant une formation psychanalytique ne sont pas tous psychanalystes-psychiatre (ou « psychanalyste avant tout »). Ces derniers sont souvent cités, invités dans les médias. Ce qui renforce la confusion psychiatrie-psychanalyse.
Le refus du consensus par les psychanalystes-psychiatres est souvent justifié par une inquiétude, somme toute légitime, qui est de craindre un totalitarisme, une volonté sociale et quasi fascisante de normaliser les patients. Toutefois, la Psychanalyse n'a pas le monopole de « l'humanisme ». Soulager et fournir des outils, développer des aptitudes chez le patient, ce n'est pas nier sa différence. Ce n'est pas non plus refuser de voir comme lui, d'apprendre de lui et de sa vision singulière du monde. Mais doit-on laisser une personne boiter sous prétexte qu'il ne faut pas nier sa différence ? La canne n'enlèvera pas la différence mais le sujet souffrira moins et pourra se déplacer plus longtemps. L'humanisme n'est-il pas d'entendre la souffrance et de la soulager?