mercredi 27 février 2013

Le Traitement médicamenteux du TDAH en France : Le méthylphénidate


Le TDAH n'est pas une pathologie mais un trouble qui, en fonction de son intensité et des troubles associés ou non, entraîne des difficultés tant d'apprentissages que dans les sphères familiales, scolaires, amicales et par la même, perturbe le développement de l'enfant, son épanouissement personnel "harmonieux".
Bien que les mesures éducatives et les prises en charge spécifiques soient primordiales, il reste que dans un certain nombre de cas, le traitement médicamenteux est une formidable aide.
Il est important de répéter que le traitement médicamenteux ne peut se substituer aux prises en charge et mesures évoquées dans l'article antérieur. Un enfant en-dessous de six ans ne peut avoir le diagnostic de TDAH et ne peut recevoir de traitement médicamenteux. Fréquemment, que ce soit de la part des parents mais aussi des soignants, on attend beaucoup trop du médicament. Au point où , dans certains cas, les doses sont augmentées trop rapidement, et le soignant ou/et les parents concluent à l'inefficacité ou à une mauvaise tolérance thérapeutique... Le médicament n'est pas une « pilule miracle ». Aux adolescents et aux enfants qui commencent le traitement, je leur stipule bien que s'ils ne font aucun efforts, rien ne changera.
Il reste que le bénéfice du traitement médicamenteux chez les enfants souffrant de TDAH est un fait établi. La ritaline est un des rares traitements a être plus efficace que le placebo par rapport à d'autre traitements médicamenteux chez l'enfant. Le traitement n'est pas systématique et doit faire l'objet d'une réflexion entre le médecin psychiatre et les différents intervenants, les parents et l'enfant. L'objectif alors est que le bénéfice soit supérieur au risque, comme lors de toute prescription médicamenteuse. Car tout médicament comporte des effets secondaires au même titre qu'un simple comprimé de paracétamol !

Le traitement médicamenteux est à discuter longuement et il faut se poser plusieurs questions :

  • Le TDAH a-t-il des conséquences sur le sujet: y a-t-il des souffrances sociales, scolaires, familiales? Comment l'enfant se perçoit-il?
En effet, le trouble attentionnel avec ou sans hyperactivité est pourvoyeur de troubles anxieux, d'un manque de confiance en soi, de dépression, de refus scolaire (ou improprement nommée « phobie scolaire »), d'exacerbations de troubles anxieux /phobies/ TOCs/ de perfectionnisme, de trouble oppositionnel avec provocation, de troubles des conduites et conduites délictueuses, de mises en danger à l'adolescence avec des conduites à risques ( prise de toxiques, sexualité débridée, « deal », « parcours » etc...). Lors d'un trouble anxieux, le traitement peut avoir un effet bénéfique car le TDAH alimente aussi une certaine insécurité. Le jeune ne se sent pas « fiable »: Il peut travailler trois fois plus que les autres et rater; alors qu'une autre fois il réussira... Aussi, lors d'un trouble anxieux, il est alors intéressant de commencer le traitement à petites doses pour éviter une exacerbation de l'anxiété.
  • Des mesures ont-elles été mises en place? time out, renforcement positif, plannings, aide aux devoirs, casque anti-bruit.... Car si aucune mesure n'a été mise en place, le TDAH n'est pas au premier plan, le traitement médicamenteux n'est pas justifié...
  • Y-a-t-il d'autres troubles des apprentissages associés (dyslexie, dyspraxie...), ou un Trouble du Spectre autistique (TSA)... ? Une déficience des apprentissages? Un retard mental ? Lors de rééducations, lors d'un TSA ou autre, le bénéfice d'une mise sous traitement est fréquemment évident mais dans certaines circonstances non... La dose médicamenteuse lors de TSA est souvent divisée par deux.

Il est très important de savoir que le traitement médicamenteux n'est pas sédatif comme de nombreuses personnes, et notamment certains intervenants du monde de l'enfance, le croient encore. Le fait est que, par le passé, ce type d'enfants (surtout ceux qui ont des comportements bruyants) étaient attachés à leur chaise ou recevaient un neuroleptique sédatif (type Tercian). Ce qui, dans le cas du Tercian, aggravait la cognition et le trouble attentionnel !
Le traitement n'engendre pas de dépendance comme ses détracteurs, dont des psychiatres, le clament haut et fort (sont aussi de la partie). Il n'encourage pas non plus le jeune à prendre de la drogue. il ne rend pas les enfants dépendants puisqu'il peut être arrêté du jour au lendemain. Les conduites à risques sont plus fréquentes chez les adolescents TDAH. Il est possible que le traitement leur apprenne à mieux se contrôler et s'éloigner des conduites à risque. Un adolescent m'a un jour expliqué que sans le traitement il faisait de suite « la bêtise » alors qu'avec le traitement, il y pensait et arrivait ainsi à ne pas la faire... Lors de TDAH, le système du plaisir est exacerbé entraînant une recherche et la répétition de l'obtention rapide d' un plaisir . D'où la fréquence probable de conduites addictives, les achats intempestifs, les enfants « monsieur et madame plus » qui veulent toujours plus.... Dans ma pratique psychothérapeutique, je constate que, pour les enfants qui sont perpétuellement dans l'instantanéité, le traitement permet à certains, d'amorcer une réflexion sur soi, une remise en question (dont certains sujets adultes en sont dépourvus) inestimable pour leur évolution et peu accessible sans le traitement et malgré la psychothérapie !...
Il est vrai que le traitement préconisé actuellement est un psychostimulant mais son effet est d'aider l'enfant à focaliser son attention, à donner un coup de pouce au chef d'orchestre qui, dans son cas, laisse le cerveau être submergé par divers stimuli, en commençant par les plus infimes ou les plus superflus....

Ce traitement a des effets secondaires possibles mais qui ne surviennent pas systématiquement, comme du reste tout médicament (aspirine, paracétamol!), ce qui semble être oublié ! C'est bien pour cela qu'il est important de mesurer le bénéfice et le risque du traitement avant de décider de l'instaurer. Mais c'est bien aussi pour cette raison qu'il est juste de ne pas le diaboliser.

Lors de la mise en route du traitement, les effets secondaires le plus fréquemment remarqués sont : les céphalés, une anxiété ou nervosité passagère, un manque d'appétit. La perte de un kg au cours du premier mois de traitement est classique. Après il est important de surveiller et d'évaluer ce qui est acceptable ou non en se basant sur l'IMC (l'indice de masse corporelle) et le rythme de cette perte de poids. Certains enfants ayant une alimentation impulsive diminuent, sous traitement, leur consommation quasi boulimique et voient aussi leur poids baisser. Mais ce n'est pas à tous les coups ! Il reste que l'on peut aussi adapter la prise du traitement en ne le donnant pas les jours sans école, mettre en place des gros petits déjeuners et un bon goûter, en plus du dîner...

Avant la mise sous traitement, il est important de s'assurer de l'absence de contre-indication. Le trouble cardiaque en est la contre indication absolue. Il est donc préférable que le jeune bénéficie d'une consultation spécialisée en cardiologie (examen clinique, ECG et échocardiaque effectués).
Lors d'une suspicion d'épilepsie, un électro-encéphalogramme (EEG) sera demandé. En cas de comitialité, le TDAH ne sera traité que dans un second temps, s'il persiste après la mise sous traitement anti-comitial et s'il y a lieu.
En cas de « petite taille », l'indication du traitement sera aussi discutée avec le pédiatre ou au besoin l'endocrinologue car le risque de cassure de la courbe de croissance est rapporté. La taille doit donc être surveillée tout au long du traitement. En sachant que si la cassure est réelle, l'arrêt du traitement permet une reprise de la croissance.
De même, lors d'un IMC limite, une décision collégiale (nutritionniste, psychiatre, famille, jeune) avec une surveillance renforcée est indiquée. 

Il reste que donner un traitement à son enfant ou son adolescent n'est pas chose facile pour n'importe quel parent. Mais quand cette prescription paraît indispensable, le faire est une conduite courageuse de leur part. D'autant plus qu'ils sont rarement compris par leur entourage proche ou moins proche et peuvent déclencher des réactions passionnées!
Des parents m'ont répercuté des propos d'un psychothérapeute qui se serait écrié « Moi vivante jamais !». Un instituteur avait eu aussi une réaction de la sorte : « il faudra me passer sur le corps »! Il m'est arrivé de devoir justifier ma prescription à un juge pour enfant comme à l'éducateur, d'un adolescent, lesquels contestaient ouvertement le bien fondé de cette prescription et désapprouvaient ainsi la décision des parents... Parents comme médecins prescripteurs sont encore souvent montrés comme des pourvoyeurs de médicament-drogue, soldats du DSMIV et des industries pharmaceutiques. C'est probablement lié en partie à la dérive de prescription de ritaline aux Etats Unis. Mais en France, cette prescription est très codifiée afin de limiter les abus. Annuellement, un médecin hospitalier doit ratifier la poursuite du traitement en faisant une ordonnance hospitalière. Si le médecin pédopsychiatre (ou pédiatre ou neurologue) ne travaille plus à l'hôpital (comme c'est mon cas), il perd ce droit et apparemment son expertise. Quand on sort de l'hôpital, il semble que nos connaissances sont réduites ... Trêve de polémique!

Concernant la durée du traitement: dans les études publiées, une moyenne de trois ans est rapportée.

En France, en 2013, les traitements sont ainsi : la Ritaline (méthylphénidate), Ritaline LP (méthylphénidate à libération prolongée), le Concerta (chlorhydrate de méthylphénidate), le Quazym (méthylphénidate). L'intérêt de ces différentes galéniques est la dose libérée de principe actif au cours de la journée ou sur un temps donné. Par ordre de commercialisation:
RITALINE (laboratoire Novartis) : 100% de la dose est libérée sur quatre heures.
RITALINE LP (laboratoire Novartis) : associe une formulation à libération immédiate (40% de la dose) et et une formulation à libération prolongée (60% de la dose) dans les 8h.
CONCERTA (laboratoire Janssen) : associe une formulation à libération immédiate 20% (de la dose) , et une formulation à libération prolongée (80% de la dose) dans les 8h.

QUASYM LP (SHIRE) associe une formulation à libération immédiate (30 % de la dose) et une formulation à libération prolongée (70 % de la dose).

Il est conseillé de commencer à petite dose et d'augmenter progressivement jusqu'à une dose qui soit efficace et sans dépasser une dose de 1mg/kg. Il faut aussi savoir que le patient peut répondre à une dose moins importante que 1mg/kg. Les sujets ayant un TSA répondent à une demi-dose et peuvent mal tolérer une dose de 1mg/kg. Lors de surdosage, le sujet est apathique...
Le choix de la molécule est fonction de l'âge de l'enfant, de l'activité demandant beaucoup de concentration dans la journée... Certains patients supportent , du reste, mieux une formule qu'une autre...

mercredi 12 décembre 2012

Prise en charge du TDAH non médicamenteuse



Le TDAH ne se diagnostique pas avant six ans même si le profil clinique de certains enfants, dès deux ans, peut faire évoquer ce diagnostic (surtout quand ils sont très « moteurs »). Cependant, la suspicion de TDAH (avant six ans) comme le diagnostic après six ans, sont indispensables pour permettre aux parents de mieux comprendre et par la même d'appréhender au mieux les comportements de leurs enfants.

Le TDAH n'est pas une maladie. Cela donne souvent des gens sensibles, imaginatifs, curieux, enthousiastes, pleins d'énergie, créatifs. Mais cela pose aussi une foule de problèmes notamment sur le plan éducatif qui peuvent avoir des conséquences désastreuses sur la confiance en soi de l'enfant, sur son développement et ses acquisitions, sur sa relation aux autres et à ses proches. Ces problèmes se répercutent en plus sur la sphère familiale (fratrie), sur les parents, parfois même sur leur entente mutuelle. Le regard de la famille élargie et de différents groupes sociaux est fréquemment discréditant sur les qualités de parents, poussant souvent ses derniers à s'isoler. En effet, les comportements que présente l'enfant TDAH sont très souvent interprétés comme l'incapacité des parents à élever leur enfant.
Nombreux sont les parents qui évitent ainsi le square après l'école car ils ne supportent plus d'entendre des propos tenus comme « Le fils Untel, encore lui! », « Vous ne savez pas tenir votre enfant! » , etc...
La famille élargie peut tenir des propos similaires et refuser le diagnostic de TDAH.
Les parents qui ont eu affaire à un de leurs enfant colérique, se roulant par terre dans la rue ou un magasin, connaissent ce petit regard réprobateur à leur encontre, jeté par les passants qui « eux » « ont tout compris ».
A ce sujet, le témoignage d'un couple de parents d'une famille de six enfants est instructif. Les aînés ont tous fréquentés la même école maternelle et primaire, à l'exception de la benjamine, Mathilde, qui a fait une autre maternelle avant d'intégrer la même primaire. Depuis toute petite, Mathilde remue, parle fort, n'écoute pas les consignes. Tout au long des années de maternelle, les parents ont été convoqués à maintes reprises et ont subi les remontrances du corps enseignant qui les jugeait trop laxistes avec la petite dernière. A l'entrée au CP, Mathilde s'est retrouvée dans la classe d'une maîtresse qui connaissait bien la fratrie et ne s'est pas arrêtée à cette conclusion de « petite dernière gâtée », qui était repris en d'autres termes par les psy consultés par les parents. Le fait est, que oui Mathilde est une très mignonne petite dernière qui avait su faire craquer un temps les parents , mais surtout avec elle, aucun des moyens employés pour les aînés, ne marchaient. Et le fait est que Mathilde a un TDAH très intense et déjà des blessures narcissiques de la maternelle...

L'éducation d'un enfant présentant un TADH n'est pas de tout repos! En effet, le parents sont confrontés , selon les enfants, à des scenarii multiples :
  • Une énergie débordante, ils semblent « sur pile » comme un lapin d'une ancienne publicité, du matin au soir rendant les parents épuisés...
  • Des « monsieur plus » et des « madame plus » qui veulent toujours plus et ne sont jamais satisfaits...
  • Des enfants d'une intolérance foudroyante les transformant en Hulk...
  • D'autres vont refuser des aliments qui ne leur plaisent pas, ne manger que du sucré...
  • D'autres sont lents, voire très lents car ils vagabondent sur un astre inconnu de nous... et oublient les routines...
  • D'autres zappent tout le temps...
  • D'autres réagissent fortement aux émotions qui les submergent tels un raz de marée ...

Il est rare que les parents soient préparés à être parent mais quand ils ont des enfants TDAH, être parent devient un défi de chaque instant. En effet, il faut rester calme et bienveillant en toute circonstance. Or, si votre enfant se jette par terre pour la sixième fois de la journée pour une frustration ou un mal être que vous ne saisissez même pas, il faut une dose de zenitude inépuisable!
Le fait de savoir que notre enfant est submergé et « ne le fait pas exprès » aide le parent à rester bienveillant. Le fait de comprendre comment il fonctionne permet aussi d'éviter certains pièges, de préparer l'enfant à des situations déstabilisantes, l'aider à dépasser ses travers qui l'épuisent et le dévalorisent à ses propres yeux.

Après avoir éliminé une cause organique (comme une activité épileptique qui peut néanmoins s'associer aussi au TDAH), et avoir recherche des troubles associés, il est donc important, avant six ans quand le diagnostic est suspecté, comme après six ans, que les parents soient informés, voire coachés, sur les difficultés que peuvent rencontrer les enfants TDAH pour qu'ils puissent pallier, aider et être vigilants. Ainsi, selon les enfants et l'intensité des troubles, les parents mettront en place:

  • La prévention des transitions.
  • L'organisation temporo-spatiale: routines de vie, planning de la semaine.
  • Travailler sur les limites, la frustration par des mesures éducatives+++ avec des formulations et renforcement positif, limiter les punitions (en sachant: à quoi sert la punition et comment punir)
  • Travailler la valorisation rationnelle cohérente!
  • Lui apprendre à gérer son impulsivité, sa colère, sa déception à distinguer (comme vous) le besoin du désir....
  • Lui éviter l'hyperstimulation et l'aider à gérer les écrans (téléphones portables, TV, etc....)
  • A l'école, être vigilent et communiquer voire, au besoin, mettre en place un PAI, ou PPS.

En plus des mesures éducatives et de la gestion affective, d'une adaptation de leur scolarité en fonction des troubles, les enfants peuvent bénéficier:
  • La psychomotricité peut aider l'enfant à canaliser son impulsivité.
  • L'orthophonie: comme la psychomotricité si un trouble est associé (dyslexie...) et chez certains enfants, l'impulsivité cognitive est telle qu'ils ont un vocabulaire restreint. Ce qui les empêche de développer des capacité d'analyse propre , indispensables notamment pour gérer ses émotions, et aussi se remettre en question...
  • La psychothérapie individuelle avec un travail sur l'anxiété (de performance, sociale etc...), sur la gestion des émotions, développant des capacité d'analyse individuelle.
  • La psychothérapie de couple ou/et familiale.

Il reste que dans certaines situations, il faudra adjoindre le traitement médicamenteux, lequel ne peut se substituer à toute la prise en charge énoncée , mais qui est une formidable aide pour certains enfants et adolescents.

mardi 16 octobre 2012

Mon enfant/ adolescent refuse de faire ses devoirs...




Primo, si votre enfant ne veut pas faire ses devoirs, cela ne sert à rien de se fâcher, de crier, de menacer car bien sûr « on n'est pas indifférent » à son refus (et parfois il est nécessaire de lui montrer que ça nous embête pour lui).
Si votre enfant n'a pas envie de faire des efforts « c'est normal » après une journée d'école (et encore plus si il a un TDAH ou autre trouble de l'apprentissage!). Ne le punissez donc pas pour « son manque de volonté » ou « de responsabilité » comme j'entends en consultation des parents soucieux d'inculquer l'effort à leur enfant.
Par contre récompensez le ! L'effort s'apprend par le plaisir, la fierté et la « liberté » qu'il nous apporte mais pas par la punition. L'enfant doit en prendre conscience; et cela passe par votre adaptation à lui. La récompense l'aide à matérialiser ce dont il n'a pas conscience, qui est le bénéfice d'apprendre : il gagne et il est fier de lui. Certains enfants préfèrent jouer quitte à se faire punir.
Pourquoi l'enfant qui a appris à mettre son manteau tout seul, à compter jusqu'à cinq et à faire du vélo, était fier de lui et maintenant rechigne à apprendre ses tables de multiplication, à faire deux divisions? Cette fierté s'effiloche en fonction des enfants, de leurs expériences scolaires, comme parentale; autrement dit de vos attentes et de votre communication. Apprendre, demande non seulement des efforts qui ne sont pas toujours reconnus: Le « c'est normal » , « c'est facile » est à proscrire. Encore plus si on a un trouble de l'apprentissage !
Apprendre demande aussi du courage car on peut ne pas comprendre, ne pas réussir « à tout apprendre », se tromper dans les calculs, etc.... Or l'école ne prône pas le droit à l'erreur, et à la maison qu'en est-il?

Il est inestimable de ne pas être ambitieux dans un délai court! L'objectif dans les devoirs est de les faire honnêtement « sans apprendre le dictionnaire par coeur pour le lendemain dans chaque matière » comme je dis en boutade aux ados. Les devoirs servent à réviser un cours, à s'essayer à des exercices, à reprendre une notion avec ses propres mots ou dans un autre contexte... Réviser, répéter est important « pour imprimer » mais il faut aussi se reposer et « jouer ». Même nous adultes, avons besoin de nous amuser dans nos temps de repos... et si ce n'est pas le cas, nous ne tenons pas longtemps. Souvent, le parent qui s'occupe de la scolarité (mais aussi du quotidien), d'enfants ayant un trouble d'apprentissage (TDAH...), ou/et un TED ( c'est pire!!!!), arrivent en burn out au cabinet. Si, le conjoint est hyperactif ou/et a aussi un TDAH avec un problème d'organisation, cela se complique...
Donc autant pour votre jeune que pour vous parent, il faut penser à se « ménager » et penser à soi. Souvent le déséquilibre est là: le parent est si responsable qu'il s'oublie et endosse les responsabilités de son enfant, lequel n'a qu'une envie « oublier que l'école a été inventée pour travailler » jusqu'à demain. Alors oui, c'est certain, l'école devrait donner le goût de découvrir et d'apprendre. Pour l'instant, cela dépend beaucoup de l'enseignant et non de sa formation et de son accompagnement, ni des programmes ou des structures... Pour l'instant? En attendant, il faut s'adapter...
C'est là où intervient la fameuse « organisation » de son temps, laquelle s'apprend. (oui!l'autonomisation s'apprend!) Et pour cela, le papier et le crayon (ou la tablette numérique, l'ordinateur) me semblent des aides précieuses pour préparer un emploi du temps extra-scolaire avec l'enfant dont l'intérêt est de jouer à une condition mise en balance : Les devoirs doivent être faits. La routine « de vie du soir » est un bon moyen d'organiser son temps.



Ces devoirs doivent être faits entre le retour de l'école et le repas du soir, en rajoutant le petit repos après l'école, le goûter, la douche ou le bain, la table à mettre (ou à débarrasser) et parfois une activité extra scolaire... Les devoirs après le dîner sont réservés aux lycéens. Pour cela il faut déjà avoir en tête la durée maximale à consacrer aux devoirs et la stratégie à adopter.
Concernant la durée des devoirs, en général, il ne faut pas consacrer plus de :

En primaire
Au collège
Au lycée
15 minutes au CP, CE1;
20 minutes CE2
30 minutes CM1
30-45 minutes CM2
45min 6è, 5è
1H 4è
1H-1H15 3è
1H15 à 1H30 en 2nde, 1ère, T


Un enfant ayant un trouble de l'apprentissage ne pourra pas toujours faire autant. La durée de devoirs doit se découper en sessions avec des temps de repos. Souvent, ces sessions durent quinze minutes en primaire avec un repos de dix à quinze minutes entre. Au collège, comme au lycée, cela peut monter à vingt minutes voire trente en fonction des enfants. L'utilisation d'un Timer ou d'un chronomètre est utile autant pour la session de travail que pour le temps de repos. C'est le bruit du Timer qui dit on s'arrête, on reprend. L'enfant n'a pas « besoin » du parent pour suivre cette routine. Il s'autonomise... Et pour cela il gagne un bon point, un jeton à chaque étape.
Les temps de repos permettent d'empêcher la fatigabilité attentionnelle et l'impression du jeune de travailler toute la fin d'après midi. De courtes sessions ont le mérite de prouver au jeune que le travail n'est pas « énorme » puisqu'il se fait par petits bouts. C'est une façon de lutter contre la procrastination : on remet à plus tard car ça semble long mais si c'est long c'est parce qu'on a remis à plus tard puisque on a cumulé , en plus de s'être encombré l'esprit à se répéter « je vais m'y mettre »!
Je fais souvent le parallèle entre débarrasser la table et procrastiner pour les devoirs : Admettons qu'on ne la débarrasse pas pendant plusieurs repas jusqu'à ne plus avoir de vaisselle. Que se passe-t-il?
D'un: ce n'est pas très agréable de manger à table avec les vieilles assiettes qui s'entassent, d'autant plus la nourriture se colle rendant dans un second temps plus difficile la lessive. Et si on est en été, la table peut être envahie par des fourmis ou autres petites bêtes !
De deux: au moment de débarrasser, deux options s'offrent à nous :
Soit tout débarrasser : Ce qui va prendre du temps (plusieurs machines ou lavage à la main avec la nourriture collée...).
Soit mettre tout à la poubelle et on rachète de la vaisselle; mais à la longue, le porte-monnaie est en faillite....
Ne vaut-il donc pas mieux débarrasser après chaque repas?

Une patiente, Alice, âgée de treize ans, va ainsi travailler chaque soir par tranche de vingt minutes entrecoupées de dix minutes de repos (20' /10' repos/ 20' /10' repos/ 20') soit une heure de devoirs et vingt minutes de repos.

Et si les devoirs sont trop ambitieux, que fait-on?
Vous voyez avec le jeune ce qui est important de faire et vous en informez l'enseignant que « la modestie sied à votre enfant pour ne pas le décourager ou le dégoûter »... Trêve de plaisanterie : vous informez l'enseignant de la situation où se trouve son élève et au besoin vous demandez, en accord avec le pédopsychiatre, un PAI.
Si l'activité qui lui est « vitale » comme le basket par exemple, pour un petit gars que je connais, le fait sortir un soir ou deux trop tard, et qu'il ne peut donc pas faire ce jour là tous ses devoirs, il est indiqué de communiquer également.

Et par quoi commencer?
Par ordre de priorité (encore plus au collège/lycée), et de « goût ». Dans ce dernier cas, on commence par ce qui nous plaît le moins et on finit par ce qui nous plaît le plus. Si on a quatre activités par exemple, rien nous empêche d'alterner activité « plaisante » et activité « déplaisante ». Cette récompense implicite est intéressante car elle renforce la prise de conscience du plaisir qu'il y a à apprendre, en plus de soulager son attention en luttant contre la fatigabilité (on a moins de problème d'attention quand ça nous plaît).

Par ordre prioritaire (selon l'école) Par ordre de préférences
1 Contrôle demain à réviser
2 exercices de mathématique
3 arts plastiques (pour moi plus important!)
4 dissertation dans une semaine: commencer à noter les idées
-
+
-
+

Au cours des devoirs, il est nécessaire de soulager le jeune en privilégiant l'oral à l'écrit, le tactile à l'écrit (les tablettes numériques permettent ainsi de répondre avec un minimum d'effort praxique).

En fonction des enfants, il faut l'aider à développer sa mémorisation par :
son mode privilégié (visuel, auditif...),
Le mid maping,
La reformulation de ce qu'il apprend,
Différents supports (documentaires, articles, dessins...),
Les moyens mnémotechniques,
Les « mots clés »...

Il faut accepter que le jeune (et surtout l'enfant) bouge: on lui pose des questions en lançant un ballon, il répond en le relançant... Qu'il écoute de la musique pour se concentrer.

Enfin, soyez indulgent avec vous même si vous n'y arrivez pas... Demandez des conseils, faites vous aider...